Julie Loison

Durant la bataille de Verdun, tous les moyens (industriels, intellectuels, humains...) de l'homme ont été mis en oeuvre dans le seul but de détruire (infrastructures, nature, cultures, vies humaines...). Depuis, un décret interdit à l'homme de vivre sur ce lieu, ce qui a permis à la nature de reprendre ses droits et à une forêt de pousser librement sur l'ancien champ de bataille.
Ce qui m'intéresse est le croisement du territoire de l'homme, ses actions - les circonstances - et le champ brut de la nature. Le rapport de force entre l'homme, qui pense ses actions, et la nature, agissant sans pensée ni conscience, et réapparaissant spontanément.
Dans ce rapport de force quelle est celle de l'homme? Ne se croit-il pas supérieur à cette "mécanique"?
Car contrairement aux constructions de l'homme qui une fois détruites ne réapparaissent pas, la nature se régénère d'elle-même.

J'illustre cette réflexion par un film d'animation, en employant comme technique la gravure que je travaille en eau forte ou aquatinte. La plaque est rongé et usé à l'acide jusqu'à sa disparition totale, à l'image des agissements de l'homme à Verdun, détruisant tout aveuglément et s'excluant de ce lieu. J'imprime la destruction progressive de la plaque, et le vide produit par cette destruction. Apparaît alors l'arbre qui symbolise le retour de la nature, à l'aide une nouvelle plaque et en monotype, excluant ainsi l'action de l'acide, et entraînant un geste spontané à l'image de la nature.
Le rythme de l'animation sera saccadé lors de la partie "destruction" pour exprimer la violence du pouvoir de destruction de l'homme sur un lieu de vie, alors que l'apparition de la nature se fera de manière plus douce et progressive.